Hier soir, nous avons dîné et rigolé à côté des ruines, des cadavres et des blessés…

Publié le par Peuples Unis

haiti-flag11Hier soir mercredi 13 janvier 2010, nous avons dîné, regardé distraitement le match Saint-Étienne - Marseille et rigolé autour d’une table à côté des ruines, des cadavres et des blessés…

Jusqu’où estimerons-nous la responsabilité qui est la nôtre quand pas si loin de nous, à quelques encablures de l’océan Atlantique, presque en face de la France, une catastrophe qui a fait des dégâts dignes de ceux qu’aurait pu causer une bombe H voire pire encore ?

Et dire, que malgré le fait que la nouvelle nous soit parvenue dans les minutes qui ont suivi le désastre, pour la plupart d’entre nous, le monde ne s’est pas arrêté de tourner à nos différents rythmes, rien n’a changé pour autant dans nos habitudes et nos programmes.

Quel genre d’humain sommes-nous donc ? Que nous reste-t-il de notre soi-disant humanité si nous ne sommes même plus capable de la moindre empathie ? Ou alors, la distance qui nous sépare de ce drame est-elle telle que nous nous en sentons doublement étranger, c’est-à-dire nous étranger à lui et lui étranger à nous ? Bien sûr nous devons tous penser, sans le penser vraiment que cela n’arrive qu’aux autres et que ces autres du fait de leur « altruité » n’ont rien à voir avec nous, du fait de notre ipséité ou pour employé un concept désormais à la mode en France, du fait de notre identité, non pas seulement humaine, mais française ou autre. Mais, quoi qu’il en soit nous avons soigneusement évité le sujet et avons parler d’autre chose tout au long de ce dîner.

Bien évidemment, certain nous diront qu’il n’y a aucun problème à cela et que c'est tout à fait normal parce que nous ne pouvons pas porter toute la "misère" du monde et que ce n’est pas notre faute si un tremblement de terre aussi violent s’est produit dans cette partie du monde. Il faut avouer que c’est une belle excuse pour ne pas se sentir coupable et que c’est une for belle manière de prendre de la distance par rapport aux victimes de ce sinistre jusqu’ici inconnu par la terre d’Haïti, tout au moins depuis l’arrivée de Christophe Colomb en 1492 et la dissémination des populations amérindiennes autochtones dont l’invasion occidentale, suivie de leur asservissement barbare et puis du développement de certaines infections introduites par les colonisateurs esclavagistes, ont eu raison. Cette population exterminée, il a fallu la remplacer par une autre dont la technologie militaire était moins évoluée que celle du Gargantua occidental dont rien ne peut assouvir l’ambition ni la cupidité, et cela, quoi qu’il en coûte. Et, Dieu sait que les coûts en la matière sont incommensurables et les dommages insondables. Comment voulez-vous, devant un tel désastre historique qu’un simple repentir suffise à disculper ou même excuser l’ignominie de ceux qui ont fait plier des « roseaux pensants », les ont écrasés et cassés sur une terre étrangère ou il n’ont pas souhaité se rendre et où il seront obligé malgré eux de bâtir la première nation libre issue de l’esclavage et de la colonisation. Non Monsieur Sarkozy, la fin de la repentance ne se décrète pas si sa pertinence peut être reconnue dans le cas d’espèce. Ce dont je ne suis pas si sûr. Après tout, les victimes des exactions des aïeux des occidentaux n’étaient pas des dieux, et cela les intéressent moins de savoir que des crimes contre l’humanité ont été commis à leur encontre que de se dire que des péchés ont été faits à travers eux. En tout cas, si j’en crois cette définition du repentir :

« Se repentir, c'est ressentir le regret d'une faute avec le désir de la réparer et de ne plus y retomber ; c'est comprendre l'offense faite à Dieu et vouloir la réconciliation avec Lui. La repentance ne s'arrête pas à un remord, mais elle va jusqu'au pardon parfait de Dieu. » (Voir: http://www.lirelabible.net/perso/prod/glossaire/definition.php?code=14)

Nul ne saurait décider d’y mettre fin et si on décide de le faire malgré tout, on ne saurait le faire sans être prétentieux ou nourrir le secret désir de retomber dans les ignominies qui ont été commises et pour lesquelles on avait souhaité se repentir. La repentance, que je sache, n’efface pas la faute et ce n’est pas à la personne qui se repent de s’absoudre !

Bref, on est aujourd’hui en droit de se demander pourquoi et comment un peuple aussi avant-gardiste que l’a démontré l’histoire du peuple haïtien se trouve en 2010 encore dans une situation de précarité et de paupérisation aussi violente et désespérée ? En regardant Haïti, je ne puis m’empêcher de penser au « Non » cinglant et déterminé du père des indépendances de la Guinée, feu le président Sékou Touré, en 1958. A cause de ce « Non » historique mais pas vraiment inédit, la Guinée s’est retrouvée du jour au lendemain dans une situation de faillite financière et infrastructurelle. En effet, les pères des "droits de l’Homme" et champions de "l’accueil des étrangers", ces étrangers chez qui ils n’ont pas manqué de s’inviter des siècles durant et aux tables de qui ils n’ont pas hésité à se faire servir et à servir la belle France, eh bien ces paternels n’ont eu aucun scrupule à vider les banques, démonter les usines et les rails afin que l’exemple de Sékou Touré ne fisse pas tâche d’huile et que son exemple trop impétueux pour la France de Charles de Gaulle ne fût pas suivi par les autres pays africains encore sous tutelle française qui pourraient être tentés. Depuis, la Guinée n’est plus que l’ombre d’elle-même et a beaucoup de mal à se relever de cet embargo qui n’a jamais dit son nom et qui a fini par faire croire que l’homme noir, le négro africain n’était qu’un bon à rien et qu’à lui tout seul, sans l’aide de l’homme blanc, il ne pouvait arriver à rien de bon. Ces quolibets, nous les entendons aujourd'hui encore, malgré les progrès de la science, de la technologie et de la pensée.

Bien entendu, c’est là que s’arrête la comparaison entre la Guinée et Haïti, parce que la première n’a jamais connu en plus de ce qui relevait de la volonté pure et simple d’une  certaine catégorie d’hommes, un tel déchaînement des forces de la Nature. Cependant, tous deux en ont été assez perturbés pour que cela ait une incidence socio-politique durable et presque « inexorcisable », tel un sort jeté à ces deux nations et à d’autres par un démiurge pro-occidental qui veille au fil des années à la réalisation totale et pérenne de ses prédictions. Tout compte fait, ceux qui ne sont pas prêt à financer le développement des pays qu’ils ont mis à genou ont trouvé dans les missions humanitaires déployées à grand coup de médiatisation en de pareilles situations ce qui n’est rien d’autre qu'une manière d'assurer la bonne conscience de l’Occident afin de faire oublier ses crimes et se faire passer auprès des opinions publiques occidentales, et d’autres qui se sont laissées abusées, pour des messies capables de ramener la vie, la résurrection et même l’espoir auprès de ces peuples qui trop souvent ont pour caractéristique principale d’être des kamites et d’avoir perdu leur rayonnement et leur suprématie dans les mystères des pyramides de l’Egypte pharaonique.

Devons-nous laisser ces peuples à leur propre sort et attendre qu’ils secouent d’eux-mêmes le joug des pesanteurs du système international actuel basé sur l’omnipotence des Alliés sortis victorieux de la seconde guerre mondiale et auteurs exclusif de ce nouvel ordre mondial qui ne convient qu’à leurs intérêts propres sans aucune considération pour le reste de l’humanité, ou alors allons-nous nous décider, plutôt que de jouer à la bonne conscience des Etats occidentaux, à accorder à ces peuples un véritable plan Marshall afin qu’enfin un dialogue équilibré et équitable puisse se nouer entre le Nord et le Sud ? Un dialogue simplement et naïvement humain, d’humains à humains sans aucune forme de discrimination…
 
Finalement, nous sommes allés nous coucher, alors que là-bas des centaines de milliers de gens ont perdu le sommeil avec leurs proches de la diaspora. Nous avons dormi, alors qu'ils ont continué à fouiller dans les décombres dans l'espoir de dénicher un souffle de vie, nous nous sommes réveillés et nous avons repris une activité "normale" alors qu'ils ont perdu le sommeil et seront marqués à jamais par ce jour dont l'ampleur de la tragédie, selon les mots du président René Préval, "dépasse l'imagination". 

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