Sale affaire d'identité nationale: Francité ou ivoirité?

Publié le par Peuples Unis

marianneMerci Michel Serres pour cette belle contribution qui ne mettra sûrement pas fin à l'obscurantisme d'Etat qui se déploie actuellement en France. Bien malin celui qui répondra à la question: qu'est-ce que l'identité? Question apparemment simple, mais comme toute question philosophique, pleine de surprise. Alors que cette question a occupé la réflexion des philosophes des siècles durant depuis son origine sans que le moindre consensus n'ait été trouvé et qu’Emmanuel Kant la définissait comme étant la première des quatre questions autour desquelles tourne toute la Philosophie (Qui suis-je ?). Peut-être que l'une des choses les plus sensées qui ait été dite à ce sujet c'est Héraclite d’Ephèse (VIe siècle av. J.C.) qui l’a énoncée, suivi en cela, sous un angle à la fois cognitiviste et phénoménologique, par le célèbre physiologiste Alain Berthoz lors de son face-à-face avec le professeur Souleymane Bachir Diagne de l'Université de Columbia le 24 novembre dernier au musée du Quai Branly: "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve" disait Héraclite, ou encore "Tout coule". Autrement dit, ce qui est constant, c’est le changement, comme aimait à le dire le professeur Djibril Samb de l’UCAD.

Ma conviction est que ce débat sur l'identité modifie déjà les identités des "français" et que quand il sera terminé, l'identité sera autre chose, et que tout ce qu'il en restera ce ne sera que haine et divergence suivi d'une chasse aux sorcières qui n'augure rien de bon ni pour les français ni pour les stigmatisés sortis tout droit d'une définition de l'identité française, laquelle sera désuette avant même d'avoir été formulée. J'aime bien rappeler que chaque fois que la question de l'identité a été mise au devant de la scène, ce qui s'en est suivi ne fut ni plus ni moins qu'une "shoah". Je pense à la Côte d'ivoire avec les vieux démons de « l'ivoirité » sortis tout droit de la définition de ce que devrait être l'identité des ivoiriens. Je pense au Rwanda quand l'identité hutu (Serres parlera de simple appartenance) a été jugée par les hutus eux-mêmes comme étant supérieure à celle des tutsis ces derniers devenant des "cafards" qu'il fallait à tout prix écraser. On peut tout leur dénier ainsi, y compris leur humanité, mais surtout leur humanité. Le déni de l'humanité d'un homme au nom des différences qui, au lieu de nous rapprocher nous éloignent les uns des autres, est à l'origine des pires barbaries de l'histoire de l'humanité, notamment la saga des missionnaires en Afrique et dans d'autres régions du monde, avec ses terribles conséquences: l'esclavage et la colonisation.

Personnellement, je n'oublierai jamais que cette Europe, si "policée" aujourd’hui, a aussi été le théâtre de la guerre des 30 ans, celui de la guerre des 100 ans, celui de l'Inquisition, de l'autodafé, de la mise à l'Index, du massacre de la Saint Barthélemy, de la première guerre mondiale ainsi que de la seconde, et bien d'autre barbaries que l'on a tendance à oublier, à omettre, à minimiser ou à considérer comme négligeables. 

Vive notre regrettée France des Lumières ! L’obscurantisme ambiant au service d’une basse démagogie abjecte et inacceptable ni en France ni ailleurs, je l’espère, ne triomphera jamais…

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Diarra 13/12/2009 21:48


Merci Thierno pour ton blog et tes écrits, qui reflètent si bien mes pensées.....